3 mots Russes impossible à traduire

Le Larousse recense pour le français quelques 59000 mots. Le Littré, lui, compte 132000 mots actifs. Pourtant, du Russes au Français, il y a toujours quelques lacunes lexicales souvent d’origine socio-culturelle : les mots dont la signification est si évidente pour chaque russe mais qui cause des difficultés pour leur traduction. Surtout quand ces mots ont un rapport au phénomène de la «mystérieuse âme russe»Mais l’absence d’une traduction simple n’implique pas l’absence du concept. Regardez :

Хамство (Khamstvo, nom neutre)

Ce phénomène a été bien décrit par l’écrivain soviétique Serguei Dovlatov dans son essai «Ce mot intraduisible, khamstvo». Selon lui, « khamstvo n’est rien d’autre que la rudesse, le culot et l’insolence – pris ensemble et multipliés par l’impunité ». Tout est dans l’impuissance de l’un et dans l’impunité de l’autre. On ne peut pas combattre khamstvo, il est invincible, on peut juste le laisser tomber, car sauf l’humiliation il n’y a rien à lui opposer.

Cela fait 10 ans que j’habite New York – ville folle, magnifique et terrifiante – et je suis toujours surpris par l’absence de khamstvo. Ici, tout peut vous arriver, vous pouvez même être détroussé, mais on ne vous claquera pas la porte au nez. (Serguei Dovlatov)

Une personne utilise le khamstvo afin de démontrer sa supériorité, son statut social plus élevé, tout en se rendant compte de son impunité (comme une conduite nonchalante sur les routes, une attitude négligente du patron envers son employé, ou du fonctionnaire au visiteur etc.)

Selon certains linguistes ce mot vient de Cham, fils de Noé dans la Genèse de la Bible. À l’époque de l’Empire Russe, les nobles appelaient par « khamstvo » des strates basses de la société. Dans la pièce de theatre «La Cerisaie» d’Anton Tchekhov, l’aristocrat Gayev, parlant du statut social du marchand Lopakhin l’appelle « kham », et plus tard Lopakhin lui-même se nomme ainsi. 

L’écrivain-humoriste soviétique Mikhail Zochtchenko a écrit en 1928 un court récit «Khamstvo» en parlant des hôtels en Europe.

2. Стушеваться (Stouchevatsa, verbe perfectif)

Dostoïevski était fier de la paternité de ce mot, qu’il avait utilisé pour la première fois dans son roman «Le Double» (1846). 

«Il grimaça et regarda autour de lui, comme un automate. Le désir lui vint de s’éclipser, de sortir, ni vu ni connu, de la salle, discrètement, en rasant les murs : il aurait voulu se volatiliser…»

(texte original : «Машинально осмотрелся кругом: ему пришло было на мысль как-нибудь, этак под рукой, бочком, втихомолку улизнуть от греха, этак взять — да и стушеваться, то есть сделать так, как будто бы он ни в одном глазу, как будто бы вовсе не в нем было и дело»)

«…non pas le Goliadkine qui remplissait les fonctions d’adjoint près de son chef du bureau, qui aimait s’effacer, se fondre dans la foule, dont tout le comportement exprimait toujours clairement cette préoccupation. « Ne me touchez pas et je ne vous toucherai pas non plus… » 


(texte original : «…не тот, который служил в качестве помощника своего столоначальника; не тот, который любит стушеваться и зарыться в толпе; не тот, наконец, чья походка ясно выговаривает: «не троньте меня, и я вас трогать не буду»…)

Dostoïevski_-_Journal_d’un_ecrivain.djvu


Dans son «Journal d’un écrivain» (novembre 1877) Dostoïevski se souvient que ce mot a été inventé par ces camarades de classe à l’Ecole supérieure des Ingénieurs militaires de Saint-Petersbourg. Ils dessinaient des plans à l’encre de Chine (que l’on appelle en Russie тушь de l’Allemand Tusche) et faisaient des touches de la peinture du plus sombre au plus clair.

Soudain, dans notre classe, quelqu’un a demandé : «Где такой-то? – Э, куда-то стушевался!» (« Où est tel ou tel? – Il s’est égaré, s’effacé par les touches quelque part »)

3. Авось (Avos, particule ou (plus rare) nom masculin)

Beaucoup de gens pensent que «avos» est un des principaux trait de caractère des Russes. «Espérer sur l’avos» (надеяться на авось) ou « faire à l’avos » (делать на авось) signifie laisser aller dans l’espoir de réussir grâce au hasard, la chance, ou l’intervention des forces surnaturelles.

Alexandre Pouchkine «Conte du Pope et de se son serviteur Balda» :
Balda de répliquer : — Je te servirai bien, avec zèle et très exactement, pour trois chiquenaudes par an à te donner sur le front. Quant à la nourriture, sers-moi de l’épeautre cuite. Le pope de réfléchir, de se gratter le front. C’est qu’il y a chiquenaude et chiquenaude… Mais Russe, il décide de s’en remettre au hasard.

(texte original:

Балда говорит:
«Буду служить тебе славно,
Усердно и очень исправно,
В год за три щелка тебе по лбу,
Есть же мне давай вареную полбу».
Призадумался поп,
Стал себе почесывать лоб.
Щелк щелку ведь розь.
Да понадеялся он на русский авось».)

Le moujik Russe faisait tout et toujours à l’avos : semait le blé (avos que la récolte sera bonne), empruntait de l’argent (avos que je deviendrai riche ou avos que celui qui me l’a prêté sera mangé par les loups dans la forêt), jouait aux jeux d’hasard (avos que la fortune me sourira).

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L’origine étymologique de ce mot n’est pas très claire et fait l’objet de nombreuses dissertations des philologues russes.

La quintessence de l’avos russe dans la conscience populaire est devenu ce petit sac. En 1935 les magasins sont vides. Le célèbre humoriste soviétique Arkadi Raikine a dit dans son sketch en tenant ce  sac vide : «Voici une avoska: avos que je pourrai apporter quelques provisions du magasin dans ce sac». Au fil du temps , la pénurie a disparu, mais avoska est restée.


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