L’iconographie orthodoxe russe. La représentation de la Mère de Dieu

Les images de la Mère de Dieu occupent une place exceptionnelle dans l’iconographie chrétienne. Les principaux types de représentation de la Vierge Marie sont apparus à l’époque de l’art paléochrétien, les plus anciens se trouvant dans les catacombes romaines. Ensuite l’iconographie religieuse a été répandue dans l’art de Byzance et des Balkans, et de là – en Russie, suite à l’adoption de la religion orthodoxe en 988. La plus ancienne image russe de la Mère de Dieu est une mosaïque « Mère de Dieu – Mur indestructible » dans l’abside de l’autel de la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev.

Il existe  4 types d’icônes de la Mère de Dieu, dans l’iconographie orthodoxe. Nous allons voir leurs particularités, ainsi que de petits détails auxquels on ne fait pas spécialement toujours attention.

1. L’Orante (du latin ‘en prière’) ou Znamenie (Знамение, en russe ‘le signe’)

Le schéma iconographique de ce type est basé sur deux textes:

  • de l’Ancien Testament: « C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici que la Vierge a conçu, et elle enfante un fils, et elle lui donne le nom d’Emmanuel » (Esaie 7.14)
  • et du Nouveau Testament : « L’ange lui répondit: Le Saint Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre. C’est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu » (Luc 1,35).

Le Signe est, en ce sens, l’image de l’Annonciation et la promesse de la Naissance du Christ.

Marie est représentée en prière, les bras levés vers le ciel; au niveau de sa poitrine se trouve un médaillon (ou une sphère) avec l’image du Sauveur, situé dans le ventre de la Mère. L’enfant soit répète le geste de Marie, soit tient dans une main un parchemin (symbole de l’enseignement) et nous bénit avec l’autre main. La Vierge Marie peut être présentée en toute sa hauteur ou jusqu’aux dessus des épaules.

Les Orantes les plus connues en Russie:

  • L’Orante d’Iaroslavl (Ярославская Оранта);
  • Mère de Dieu du Signe de Novgorod (Богоматерь Знамение);
  • Mère de Dieu « Le mur indestructible » (Нерушимая стена);
  • Calice Inépuisable (Неупиваемая чаша).

Dans la tradition russe, les noms des icônes sont souvent les épithètes de la Mère de Dieu ou des toponymes, indiquant le lieu où se trouve l’image vénérée ou d’où il vient.

2. L’Odigitria (du grec ‘je guide’)

La figure de la Mère de Dieu est représentée frontalement (parfois avec une légère inclinaison de la tête).  L’enfant Christ est assis sur sa main, comme sur le trône, la Mère le pointe de l’autre main. Le bébé Jesus bénit d’une main sa mère ou le geste de bénédiction peut être dirigé directement vers nous. Dans l’autre main il tient le parchemin enroulé (variantes: sceptre et orbe, livre, parchemin déplié).

La clé de ce type d’icônes est dans le geste de la Vierge, indiquant le Christ: la Mère de Dieu nous guide spirituellement et nous dirige vers lui. Elle lui porte nos prières, elle intercède pour nous devant lui. Le type Odigitria était très répandu dans le monde chrétien.

Les variantes les plus connues d’Odigitria en Russie :

  • Mère-de-Dieu de Smolensk (Смоленская);
  • Mère de Dieu Iverski, ou Porte-du-Ciel (Иверская / Вратарница);
  • Mère de Dieu de Tikhvine (Тихвинская);
  • Mère de Dieu aux trois mains (Троеручница);
  • Mère de Dieu de Kazan (Казанская; particulièrement importante pour l’Eglise orthodoxe russe);
  • Mère de Dieu Petrovskaïa (Петровская)

Chaque petit détail mérite une attention particulière. Les différences iconographiques sont liées aux détails historiques de chaque image. Ainsi, la troisième main de « La Mère de Dieu aux trois mains » a été ajoutée par St. Jean Damascène, lorsque, par sa prière, la Mère de Dieu lui a rétablit sa main coupée. La blessure saignante sur la joue de la « Mère de Dieu Iverski » nous ramène à l’époque de l’iconoclasme: lorsque selon la légende cette image a été attaquée, l’icône à saigné à cause du coup de lance.

En règle générale, dans l’Odigitria, la Mère de Dieu est représentée jusqu’au dessus de la ceinture, ou plus rarement jusqu’au dessus des épaules.

3. « Oumilenie » (Умиление, en russe ‘tendresse’).

« Oumilenie » n’est pas une traduction très précise du mot grec « Éléousa » («Compassion»). Dans la version grecque orthodoxe, ce type d’icônes s’appelait « Glikophilousa » (« Doux baisers »). Ce type n’apparaît probablement pas avant le Xe siècle, mais devient particulièrement populaire dans la peinture d’icônes byzantine et russe.

C’est le plus lyrique de tous les types, révélant ainsi le côté intime de l’accointance de la Mère et de son fils. Marie et l’enfant Jésus, se touchent par les joues. La tête de Marie est inclinée vers son fils, et Lui, accole sa main à son cou. La mère de Dieu est représentée jusqu’au dessus de la ceinture, rarement – jusqu’au dessus des épaules (Mère de Dieu Korsunskaya).

À ce type appartiennent:

  • Mère de Dieu de Vladimir (Владимирская),
  • Mère de Dieu « Donskaya » (Донская);
  • Mère de Dieu « Fiodorovskaya » (Федоровская)
  • Oumilenie de Iaroslavl » (Ярославская),
  • « Rétablissement des morts » (Взыскание погибших)
  • Mere de Dieu « Pochaevskaya » (Почаевская)

Une variante du type iconographique « Oumilenie » est le type « Joueur » (Взыграние), qui était répandu principalement dans les Balkans, mais pas en Russie. L’enfant est présenté dans une position plus détendue, comme s’il jouait. Il touche le visage de la mère avec sa petite main (Mère de Dieu Yakhromskaya, Oulilenie Iaroslavl).

4. L’Acathiste

Le quatrième type n’a pas de contenu théologique tel que les trois premiers. La signification principale de ces icônes est la glorification de la Mère de Dieu. Les images sont basées sur les hymnes liturgiques, les récits historiques, les légendes des miracles. Ce type inclut les icônes où la Vierge est représentée sans enfant (Mère de Dieu Séraphim-Diveevskaïa). L’apogée de ce type d’icônes se situe entre XIIIe et XVIe siècles. Le plus souvent, de telles compositions étaient placées dans l’abside de l’autel.

  • la fresque de Dionisius dans l’abside de l’église de la Nativité de la Vierge du monastère de Ferapontov;
  • « Buisson ardent » (Неопалимая купина);
  • Mère de Dieu du Printemps ou de la Source vitale (Живоносный источник);
  • Mère de Dieu Mont Nerukosechnaya » (Гора Нерукосечная);
  • « Joie inattendue » (Нечаянная радость);
  • « La Vierge aux Sept flèches » (Семистрельная). Cette image est tirée de la prophétie de Siméon, qui a dit tels mots: « Toi-même, une épée te transpercera l’âme. Ainsi, les pensées de beaucoup de cœurs seront révélées » (Luc 2.35);
  • Mère de Dieu Séraphim-Diveevskaïa (icône qui appartenait à Saint Séraphim de Sarovski, est devenue très célèbre aux XIX-XX siècles)

De l’Europe Occidentale vient le soi-disant type « Mater Dolorosa », lorsque la Mère de Dieu est représentée immergée dans la douleur du Christ crucifié. Ce type est beaucoup plus répandu en Europe occidentale qu’en Russie orthodoxe (très connu dans les Balkans et moins en Russie l’icône «Ne me pleure pas, Mère – Не рыдай мене, Мати»)

Représentation  de la Mère de Dieu dans les icônes orthodoxes

Sur l’icône (à coté de la figure) sont inscrites les lettres grecques ΜΠ ΘY (abréviation de Μητερ Θεου, qui signifie Mère de Dieu) et parfois des lettres du slavon d’église МН БЖН. Le nimbe de la Vierge Marie, contrairement au nimbe de Jésus-Christ, n’a pas de croix.

Traditionnellement, la Mère de Dieu porte un maforii (un manteau recouvrant sa tête et toute la figure) de ton rouge foncé et une tunique bleue. Les trois étoiles d’or sur le maforii sont un signe de son immaculation (« elle a conçu, a donné naissance et est décédé d’une manière immaculée »). Parfois la Mère de Dieu est vêtue en maforii bleu (répandu à Byzance, et dans les Balkans). Elle a été représentée ainsi dans la cathédrale de l’Annonciation du Kremlin de Moscou par Théophane le Grec.

La tradition orthodoxe permet très rarement la représentation de femmes à tête nue. Ainsi est figurée Marie l’Égyptienne en gage de son mode de vie ascétique-pénitent, qui a remplacé son ancien mode de vie dissolue. Dans tous les autres cas, les femmes du monde iconique orthodoxe, sont représentées toujours la tête couverte. La coutume de représenter la Mère de Dieu avec une tête découverte est d’origine occidentale à partir de la Renaissance, et est en principe non canonique. L’image de la couronne sur la tête de la Vierge est également venue de l’Europe Occidentale et est très rare dans la tradition iconographique orthodoxe (Mère de Dieu « Pochaevskaya »).

Dans le christianisme, une icône est considérée comme une manifestation de la vérité divine et un peintre d’icônes, lorsqu’il crée une image, n’assume que le rôle d’intermédiaire, de conducteur de cette vérité. Le prototype de l’icône et ses reproductions canoniques ont donc un sens spirituel équivalent. Il n’est pas question d’authenticité pour l’icône, chaque icône canonique est authentique, car elle indique un prototype divin. Cela peut s’expliquer par le grand nombre de types d’icônes différents, érigés d’une même source.


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