Les écrivains russes méconnus à l’étranger: Varlam Chalamov

  • nom en russe: Варлам Тихонович Шаламов
  • années de vie: 1907 – 1982
  • oeuvre littéraire principale: « Récits de la Kolyma » (titre russe: « Колымские рассказы »)

Fils d’un prêtre, Varlam Chalamov a étudié à l’Université d’État de Moscou à la Faculté de droit (qui s’appelait alors la Faculté de droit soviétique). Il a été arrêté pour la première fois en 1929 et condamné à trois ans au camp de travail penitentiaire à Vishera (région de Perm) . Puis il est arrêté en janvier 1937 et condamné à cinq ans au camp de Kolyma. En 1942, sa peine a été automatiquement rallongée de 10 ans (conformément à la directive de l’URSS, « la libération des camps, prisons et colonies de contre-révolutionnaires, bandits, récidivistes et autres criminels dangereux a été suspendue jusqu’à la fin de la guerre »).

Ainsi, Varlam Chalamov a passé une partie importante de sa vie dans les camps de Kolyma.

Oeuvre principale: « Récits de la Kolyma »

Dans l’anarchie et le chaos des camps de la Kolyma, tous les mécanismes civilisationnels et culturels développés au cours des millénaires s’effondrent. Que reste-t-il? Selon Varlam Chalamov, la nature humaine dans ses récits est explorée « dans un état pas encore décrit, lorsqu’un être humain s’approche d’un état d’au-delà de l’humain ». Chalamov étudie ce qu’est « humain, trop humain », où sont les limites et ce qui se passe quand une personne franchit ces limites.

Varlam Chalamov soulignait que l’art n’a pas le droit de prêcher la morale; il a vivement critiqué la littérature classique russe pour son hypermoralisme, et surtout Léon Tolstoï pour ses illusions humanistes et pour le mythe (comme le croyait Chalamov) sur la bonté de l’homme.


Récit « Sur parole » (titre russe: « На представку »), 1956

La toute première phrase «On jouait aux cartes chez le palefrenier Naoumov.» est une référence intertextuelle à la « Dame de pique » de Pouchkine, et à tous les classiques russes avec leurs questions fatales sur la relation entre la fin et les moyens. Plusieurs détails sont frappants:

  • l’un des truands a un porte-cigarettes avec le profil de Nicolas Gogol gravé sur le dessus,
  • l’autre truand a un tatouage figurant une citation de poète Sergei Essénine, «Si peu de chemins parcourus Et tant d’erreurs commises.»
  • et les truands jouent avec des cartes découpées dans un volume de Victor Hugo, écrivain romantique, humaniste qui glorifiait les condamnés.

Sur ce fond littéraire, une histoire atroce se déroule: un homme est tué sans aucune hésitation, juste parce qu’il hésitait à enlever son chandail, que l’un des truand avait misé et perdu au jeu.

« — Comme s’il n’y avait pas d’autre moyen !» s’exclame le gagnant, mais ses émotions ne sont pas causées par la mort de la personne, mais par les dommages causés à son nouveau chandail.

Et voici le plus important: le résumé impassible et calme du héros-narrateur: « Le jeu était terminé et je pouvais rentrer chez moi. Maintenant, il me faudrait chercher un autre équipier pour scier les bûches. »


Particularités de la prose de Varlam Chalamov:

  • l’absence de réaction émotionnelle empathique adéquate face à une situation terrible

Varlam Chalamov nous montre la vie dans un camp avec un calme glacial, sans commentaire. Pour lui, l’anarchie du camp de la Kolyma est une monstrueuse explosion du mal profondément enraciné dans la nature humaine elle-même.

  • Chalamov cherche à atteindre l’essence humaine, jetant tout le reste

Dans de cruelles conditions physiques et psychologiques, nous voyons l’homme tel qu’il est – sans embellissement. Ce qui reste chez le héros de Chalamov dans ces conditions, c’est l’animosité désintéressé.

  • lorsque le lecteur se familiarise avec la prose de Varlam Chalamov survient l’effet d’une tension métaphysique

L’homme dans la prose de Varlam Chalamov est souvent suspendu entre la vie et la mort. Il revient à la vie accablé par l’expérience du contact avec le transcendant mais ne peut pas la partager avec les autres car il n’y a pas de mots et de concepts dans le langage humain qui correspondent à cette expérience surhumaine.


Si je dois lire qu’un seul récit…

« Maxime » (« Сентенция« ) de la collection des recueils « Rive gauche » (« Левый берег ») est l’un des meilleures récits de Varlam Chalamov.


Les citations sont tirées de « Les récits de la Kolyma », édition Verdier, nouvelle édition intégrale; ISBN 978-2864323525


Si vous êtes intéressé par la littérature russe, je vous invite à participer à nos rencontres littéraires en webinaire.

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