Estampes populaires russes : le quotidien du folklore à l’avant-garde

Pour les amateurs d’art et les chercheurs en antiquité russe, les images de loubok sont d’un grand intérêt : ces images folkloriques reflètent l’esprit du peuple de jadis, son mode de vie, ses coutumes et croyances, et ont influencé l’apparition d’œuvres graphiques russes du XXème siècle.

Лубок (loubok, estampes populaires, feuilles amusantes) - sorte d'art graphique - images avec des légendes - destiné à la distribution de masse.
Le nom (qui n'est apparu qu'à la fin du XIXème siècle) vient du луб (liber, écorce du tilleul), qui était utilisé au XVIIème siècle comme base lors de l'impression de ces images. 
Instructives et divertissantes, ces estampes peu coûteuses, vendues dans les marchés, étaient constamment demandées par le peuple russe.

Chapitre 1 où l’histoire de la rue Loubianka à Moscou est liée à Napoléon

  • XVII siècle

    précurseurs de loubok: les icônes en papier, vendues massivement dans les foires et les monastères.

    technique: xylographie en noir et blanc, les impressions sont coloriées à la main en quatre couleurs : rouge, violet, jaune, vert.

    thématique: contenu religieux, les héros bibliques y sont souvent représentés dans des vêtements folkloriques russes.


    Les premières estampes populaires religieuses ont été imprimées dans des monastères. Au milieu du siècle, l’imprimerie est fondée près de la Place Rouge où vivaient et travaillaient des imprimeurs – sculpteurs sur liber. Le nom russe de cet artisanat (луб) a donné le nom à l’une des rues centrales de Moscou – Loubianka.

    Peu à peu, parmi les gravures populaires, en plus des sujets religieux apparaissent des illustrations de contes de fées russes, des épopées, des romans chevaleresques traduits, des légendes historiques sur la fondation de Moscou et différentes batailles.

  • XVIII siècle

    Pierre Ie Grand voit dans le lubok un puissant moyen de propagande. Il fonde une chambre de gravure à Saint-Pétersbourg avec les meilleurs dessinateurs russes et ordonne de surveiller la production.

    technique: xylographie

    thématique:

    • panoramas de la ville,
    • des images de batailles victorieuses,
    • des portraits de Pierre le Grand et de son entourage.

    La variété des sujets de loublok continu à croître.


    Des louboks de Saint-Pétersbourg (capitale russe) et de Moscou (privée de ce titre) commencent à différer considérablement. Ceux réalisés à Saint-Pétersbourg ressemblent à des tirages officiels, tandis que ceux de Moscou sont des images moqueuses et parfois peu décentes. C’est à Moscou que commencent à se répandre les louboks anti-gouvernementaux.

  • XIX siècle

    technique: lithographie

    thématique:

    • guerre de 1812 contre Napoléon;
    • « publicité sociale » (avantages de la vaccination contre la variole, critique des ivrognes, des gens riches, avides et vaniteux);
    • images basées sur des œuvres des écrivains russes (Nikolai Karamzin, Alexei Koltsov, Mikhail Lermontov, Ivan Krylov, Alexandre Pouchkine);
    • apparaissent des imitations de louboks réalisées par des artistes professionnels.

    La production reste peu coûteuse et le genre loubok renforce son rôle d’illustrateur de la réalité russe. Certaines feuilles sont imprimées désormais en grand – 34 × 30 ou 35 × 58 cm ; elles décorent les izbas des paysans. La noblesse voit ce genre comme un art populaire de bas niveau et le traite de kitsch.


Chapitre 2 où des miracles se mélangent aux obscénités


Chapitre 3, le dernier, où Tout est bien qui fini bien.

En 1822, le jeune érudit Ivan Snegirev commence à collectionner et à étudier des images folkloriques et introduit le terme « loubok ». Les membres de la Société de littérature russe doutent qu’«un objet aussi vulgaire» puisse faire l’objet d’une étude scientifique, mais Snegirev trouve des adeptes, parmi lesquels Dimitri Rovinsky, qui est devenu le plus grand collectionneur de loublok.

Sa collection et d’autres estampes populaires sont conservées désormais au Département des estampes de la Bibliothèque d’État de Russie. Grâce à ces « feuilles amusantes », véritables sources ethnographiques, sont reconstitués aujourd’hui les détails de la vie quotidienne des paysans d’autrefois.

  • Loubok russe au XXème siècle et ses transformations

    • En 1913, les peintres Mikhail Larionov et Natalia Goncharova organisent la première exposition d’estampes populaires russes.
    • En 1914, Kasimir Malevitch, Aristarkh Lentoulov, Vladimir Mayakovsky, David Burliuk fondent le groupe « Сегодняшний лубок » (Loubok d’aujourd’hui) et créent une série de 22 feuilles patriotiques.

    En tant qu’œuvres graphiques indépendantes, les feuilles folkloriques ont cessé d’être produites en Russie après la Révolution de 1917.

    Elles ont été cependant une source d’inspiration pour de nombreux artistes et leur influence se retrouve dans les affiches des années 1920 («Окна РОСТА») et des années de la 2ème Guerre Mondiale (Кукрыниксы).


Si vous maitrisez le russe et êtes intéressé par le loubok, voici quelques livres à ce sujet:
Снегирёв И. О простонародных изображениях. – Труды общества любителей российской словесности при Московском университете, ч. 4. М., 1824
Ровинский Д.А. Русские народные картинки, т. 1–5. СПб, 1881
Иванов Е.П. Русский народный лубок. М., 1937
Русский лубок ХVII–ХIХ вв. М. – Л., 1962
Лубок: Русские народные картинки ХVII–ХVIII вв. М., 1968
Русский лубок. М., 1970
Дренов Н.А. От лубка к Кинематографу роль лубка в становлении массовой культуры XX в. – Традиционная культура. 2001, № 2

Ajouter un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s