Les Russes dans les usines Renault

Capitale automobile (Les Russes à Boulogne Billancourt 4)

Après la révolution d’Octobre en Russie, Boulogne Billancourt s’est avéré être un des quartiers les plus russes de Paris. Si à Montmartre ou à Pigale avec ses célèbres tavernes russes, des artistes bohème brûlaient leur vie, à Boulogne Billancourt la vie était différente: le prolétariat, le travail… Lénine rêvait d’une telle chose en Russie en faisant la Revolution de 1917.

Boulogne Billancourt n’a pris forme qu’en 1925. C’est alors que deux banlieues parisiennes ont été réunies.

Il y avait un stade à Boulogne, il y avait des courses de chevaux à Boulogne. À Billancourt, il y avait une usine automobile Renault, un cimetière, une rivière et des quartiers sales, pauvres et négligés … (Nina Berberova)

À Boulogne Billancourt, du côté de la Seine, là où se détachent aujourd’hui les grattes-ciel de verre, il y avait dans les années 1920 des usines automobiles Renault.

En 1898, un jeune ingénieur, Louis Renault, et son frère Marcel construisirent la première voiture «Renault» avec une puissance insignifiante, mais «avec transmission directe», qui était une grande innovation pour l’époque. En 1919, Renault dont les usines occupaient jusqu’ici des terrains sur la rive droite de la Seine à Boulogne-Billancourt (maintenant le quartier «le Trapèze»), ainsi que sur la rive gauche, à Meudon, acquiert l’île Seguin à Boulogne Billancourt. L’industriel y construit sa première usine entre 1929 et 1934. Billancourt devint peu à peu la capitale de l’empire automobile Renault.

« Billankoursk »

A cette époque, Boulogne Billancourt abritait des Russes qui avaient fui la révolution de 1917 et tenté de commencer une nouvelle vie. Avec la proximité des usines Renault et Citroen (à Paris 15e), cette commune devint un fief pour les émigrés Russes. Au total, 30000 Russes sont passés (parfois brièvement) par Renault et 20000 par Citroën.

À l’époque, les Russes s’installent dans la partie pauvre et ouvrière de la ville: près de l’usine Renault (rue Traversière, rue Nationale, rue Damiens) ou de la place Edouard Vaillant dans des hôtels bon marché ou des chambres meublées. Comme ils le disaient alors, ils travaillaient pour «oncle Réno». Avec l’accent de ses nouveaux arrivants, Billancourt va vite être rebaptisée à la russe «Billankoursk».

Renault profite de cette nouvelle main-d’œuvre. Les officiers et les soldats de l’ancienne armée russe, les enseignants de l’ancienne école russe, les fonctionnaires, parfois même les princes commencent à travailler sur les lignes de production de l’usine de Billancoursk. Souvent polyglottes, cultivés et instruits, les Russes sont facilement engagés dans les usines. Certains deviennent ingénieurs (comme le comte Pavel Lamsdorf) et contribuent à la gloire de la France en déposant des brevets et en créant des innovations.

Les Russes sont favorablement perçus par la direction; ils étaient dociles, disciplinés, n’avaient pas la mentalité des revendicateurs, et dans leur ensemble gagnent une réputation d’élément réactionnaires et de briseurs de grève. Cette absence de combativité s’explique sans doute par leur situation particulière de réfugiés russes, privés de leur nationalité par le gouvernement bolchevik en 1924: apatrides, ils dépendent du bon vouloir des autorités du pays d’accueil et de leur employeurs.

Fin d’une époque

En 1935, il ne serait plus resté que 300 Russes chez Renault. Certains quittent l’usine pour l’hôpital: la tuberculose est fréquente. D’autres, les cosaques surtout, deviennent métayers dans le Sud-Ouest de la France. D’autres trouvent un autre employeur. Politiquement divisés sur les causes de leur ruine, l’évolution de la Russie et leur avenir dans ce pays, les Russes se sont reclassés en chauffeurs de taxis, en figurants des studios de cinéma de Boulogne, en cuisiniers, en précepteurs, en professeurs de musique.

Billancoursk durera jusqu’après guerre. Les bâtiments industriels des usines Renault ont été rasés en 2004-2005. Sur l’ile Seguin se trouve désormais la Cité musicale. Seulement  quelques maisons habitées par des ouvriers à Billancourt ont survécu.

«… sifflement d’usine. 25000 ouvriers franchissent un large portail de fer menant à la place. Parmi eux, un sur quatre a un grade de l’armée blanche… Les pères de famille, les contribuables dociles, les lecteurs de quotidiens russes, les membres de toutes sortes d’organisations militaires russes, qui gardent chez eux les croix de Saint-Georges… On sait qu’ils ne sont pas des instigateurs de grèves, qu’ils ont une santé de fer, apparemment acquise à la suite de leur formation de guerre, et qu’ils sont très respectueux de la la loi et de la police: la criminalité parmi eux est minime… «  (Nina Berberova) 

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